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11 août 2022
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Abeilles mellifères : fortes pertes de colonies durant l’hiver 2021/22 malgré l’interdiction des néonicotinoïdes

Pour les abeilles mellifères, l’hiver dernier a été difficile. 21,4 % des colonies n’ont pas survécu. Les apiculteurs attribuent cela principalement à l’été 2021 humide et froid, qui a empêché les colonies de se développer correctement. L’interdiction des substances néonicotinoïdes destinées à protéger les plantes à partir de 2013 n’apporte aucune amélioration visible des pertes hivernales chez les abeilles mellifères.

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Il y a une dizaine d’années, l’inquiétude quant à une possible extinction des abeilles mellifères atteignait son paroxysme. Après des pertes inhabituelles de colonies aux États-Unis à partir de 2006 et plusieurs années de fortes pertes hivernales en Europe, des mises en garde répétées furent lancées contre les conséquences dramatiques de la « mort des abeilles » pour l’ensemble de l’écosystème, l’alimentation humaine et même la survie de l’humanité.

Les organisations environnementales avaient rapidement identifié les produits phytosanitaires de la classe des néonicotinoïdes comme l’une des principales causes des pertes d’abeilles, même si les preuves avancées étaient peu convaincantes. Avec la sortie du film « More than Honey » en 2012, la pression politique s’est toutefois fortement accrue pour prendre enfin des mesures afin de sauver les abeilles mellifères. En 2013, l’utilisation des principaux néonicotinoïdes fut sévèrement limitée en Suisse comme dans l’UE, puis totalement interdite en plein champ à partir de 2018.

Cela a entraîné des problèmes considérables pour l’agriculture. Des dommages importants sont notamment apparus dans les cultures de colza et de betteraves sucrières, dommages pratiquement impossibles à maîtriser par des mesures phytosanitaires alternatives. De nombreux pays de l’UE ont donc accordé à plusieurs reprises des autorisations d’urgence pour les substances néonicotinoïdes. La Suisse, par contre, est restée ferme malgré les demandes pressantes des milieux agricoles et n’a pas voulu revenir sur les restrictions.

Les interdictions de substances n’entraînent aucun changement visible des pertes hivernales

Mais : les interdictions de substances ont-elles apporté le bénéfice espéré pour les abeilles mellifères ? Les enquêtes annuelles approfondies sur la santé des abeilles et les pertes hivernales annuelles en Suisse permettent d’en douter. L’association apicole BienenSchweiz a exploité en 2022 les données de 1 384 apiculteurs avec 1 647 ruchers de toute la Suisse, et a publié les résultats dans la revue apicole. Les pertes de colonies ont atteint une valeur de 21,4 % durant l’hiver 2021/2022, soit les pertes les plus fortes de ces dix dernières années.

Si l’on examine les pertes hivernales des 15 dernières années, on constate d’importantes fluctuations annuelles. Les restrictions concernant les néonicotinoïdes fin 2013 n’entrèrent en vigueur qu’après la mise en hivernage des colonies, de sorte que d’éventuels effets devraient se manifester à partir de l’hiver 2014/15.

« Pertes hivernales réelles » annuelles (comparaison colonies mises en hivernage / sorties d’hivernage) des 15 dernières années. Les effets des interdictions d’utilisation des néonicotinoïdes seraient possibles depuis l’hiver 2014/15 (barres orange). Les pertes hivernales moyennes n’ont toutefois pratiquement pas changé.

La valeur moyenne de 16,3 % pour les pertes hivernales durant les sept années précédant les restrictions sur les néonicotinoïdes diffère à peine des 15,9 % des huit années suivantes. Là aussi, il y a régulièrement des années avec des pertes élevées, comme l’hiver dernier. Pour les abeilles mellifères, les restrictions et interdictions concernant les substances phytosanitaires n’ont donc apporté aucun bénéfice visible.

Depuis des années, les spécialistes décrivent l’infestation des abeilles par l’acarien parasite Varroa, associée à d’autres maladies des abeilles, comme le plus grand problème pour la santé des abeilles. L’été 2021 humide et froid avait en outre fortement entravé le développement des colonies en raison d’une offre alimentaire insuffisante, de sorte qu’elles avaient peu de résistance pour l’hivernage. Le Service sanitaire apicole ne rapporte dans son rapport annuel 2021 que neuf cas réellement avérés d’empoisonnement d’abeilles par des produits phytosanitaires – comparé aux autres contraintes pesant sur la santé des abeilles, cela pèse peu.

De plus en plus de ruches en Europe

Malgré des années récurrentes avec de fortes pertes de colonies en hiver, les abeilles mellifères en tant qu’animaux d’élevage ne sont toutefois pas menacées dans leur population. Les apiculteurs veillent soigneusement à leur bien-être et peuvent, en cas de besoin, compenser les pertes en divisant les colonies existantes et en les multipliant ainsi.

Les statistiques agricoles de la FAO le montrent clairement. Depuis des années, une croissance du nombre de ruches est enregistrée. Entre 2009 et 2020, le nombre de ruches en Europe est passé de 4 millions à 19,6 millions (+26 %). La production annuelle de miel fluctue d’une année à l’autre en raison des influences météorologiques, mais présente également une tendance à la hausse à long terme.

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