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27 janvier 2022
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Le revers de la médaille verte : pertes de rendement, hausse des prix, importations accrues

Le Pacte Vert de l’UE vise la neutralité climatique et une plus grande durabilité. Plusieurs des mesures envisagées concernent également l’agriculture et la protection des plantes. Mais, sans innovations dans l’agriculture, les rendements pourraient baisser considérablement en Europe.

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Des personnes en bonne santé, une société saine, une planète saine : tels sont les objectifs clés du Pacte Vert présenté par la Commission européenne en 2019. Le développement de systèmes alimentaires durables en est un pilier central. Pour cela, la stratégie « De la ferme à la table » (Farm2Fork) prévoit notamment, d’ici 2030, une réduction de 50 % des produits phytosanitaires utilisés et une diminution de 20 % des engrais. La stratégie voulue en matière de biodiversité entend promouvoir la diversité des espèces en transformant 10 % des terres agricoles en surfaces de compensation proches de l’état naturel et riches en espèces.

Quel serait l’impact de ces profonds changements sur la production agricole dans l’UE ? Une équipe de chercheurs de l’université de Wageningen s’est penchée sur cette question en détail. À partir de 25 études de cas pour 10 cultures dans sept pays, ils ont analysé les effets des mesures proposées sur les rendements et la qualité des récoltes. Les exploitations étudiées allaient des très gros producteurs de colza en Pologne (1 400 ha) aux vastes exploitations de blé (bien plus de 100 ha) en Roumanie, en Allemagne et en France, jusqu’aux petits cultivateurs de pommes en Italie (3,5 ha) et aux minuscules exploitants d’agrumes (1 ha) en Espagne. Leur objectif était d’illustrer la grande diversité des conditions culturales dans les pays étudiés et des structures d’exploitation au sein de l’UE.

Moindres rendements et moindre qualité

Chacune des mesures proposées a un impact sur la production. Dans le scénario combiné, avec une réduction des produits phytosanitaires et des engrais et 10 % de surfaces de compensation pour la biodiversité, des pertes de rendement sont attendues pour les cultures pérennes, de 21 % pour le houblon à 30 % pour les olives et les pommes. Pour les cultures annuelles, la baisse de rendement va de 14 % pour le colza à 23 % pour les tomates.

Une protection des plantes réduite aurait aussi un impact sur la qualité des récoltes. Ainsi, une diminution de l’utilisation de fongicides sur les céréales pourrait augmenter la teneur en mycotoxines, jusqu’à rendre impossible la commercialisation comme denrée alimentaire ou aliment pour animaux. Pour les pommes aussi, la qualité importante pour les consommateurs pâtirait de fruits plus petits et visuellement imparfaits.

Hausse des prix

Outre ces effets directs au niveau des exploitations individuelles, les chercheurs ont étudié les changements économiques à l’échelle de l’ensemble de l’UE en extrapolant les résultats à l’ensemble du marché. En soi, une baisse de la qualité des récoltes entraîne des prix plus bas pour les agriculteurs. En revanche, une baisse des rendements réduit l’offre, ce qui fait monter les prix. Au final, les scientifiques s’attendent, pour le vin, les olives et le houblon, à des hausses de prix comprises entre 25 % et 40 %. Les prix du blé, des betteraves sucrières, du colza et du maïs augmenteraient également, mais seulement de manière modérée (moins de 7 %). La valeur totale de la production dans l’UE diminuerait, du fait des mesures du Pacte Vert, de près de 12 milliards d’EUR par an.

Déplacement des problèmes à l’étranger

La baisse des rendements a aussi un impact sur le commerce extérieur, car les volumes manquants doivent être compensés. Les importations nécessaires dans l’UE augmenteraient fortement pour le maïs (+207 %), le colza (+98 %) et les agrumes (+92 %). À l’inverse, les exportations de vin (-80 %), de blé (-68 %) et d’olives (-69 %) reculeraient drastiquement. L’augmentation des importations comme la baisse des exportations impliquent que ces volumes soient compensés, dans des pays hors UE, par des surfaces cultivées supplémentaires. Les experts estiment le changement indirect de l’utilisation des terres à l’échelle mondiale (ILUC) en dehors de l’UE, du fait des mesures du Pacte Vert, à un besoin supplémentaire de plus de 6 millions d’hectares. Ces terres ne seraient alors plus disponibles pour la production locale, ce qui aurait un effet négatif sur l’approvisionnement alimentaire mondial.

Les auteurs de l’université de Wageningen soulignent que, dans leur étude, ils n’ont pas pris en compte les éventuels effets positifs des mesures proposées du Pacte Vert sur la biodiversité et sur le climat. Il existe ici un conflit d’objectifs clair, et il n’est pas non plus évident dans quelle mesure les avantages espérés en Europe seraient amoindris par des effets négatifs à l’échelle mondiale. Les impacts environnementaux de l’agriculture, tels que les pertes de biodiversité et les émissions de gaz à effet de serre, sont déplacés à l’étranger, mais pas nécessairement réduits.

Innovations nécessaires

Même si les objectifs généraux du Pacte Vert de l’UE sont largement soutenus, il est clair que les impacts importants, parfois négatifs, des mesures proposées doivent être soigneusement mis en balance avec les avantages espérés. Des ajustements sont éventuellement nécessaires afin d’éviter ou de compenser des effets néfastes.

Comme contre-mesures face aux pertes de rendement attendues du fait des mesures du Pacte Vert, les auteurs de l’étude recommandent des innovations dans la production végétale, telles que la lutte biologique contre les ravageurs, une meilleure sélection, l’agriculture de précision et les biostimulants, afin d’améliorer la résistance des variétés aux ravageurs et aux maladies. La levée des barrières légales pour les nouvelles technologies de sélection pourrait jouer un rôle décisif pour accélérer le cycle de sélection.

Les pertes de rendement décrites ici, attendues en l’absence de mesures correctives du fait des mesures du Pacte Vert et de la réduction de la protection des plantes, ont également été mises en évidence dans plusieurs autres études. Des travaux de l’université de Kiel, du Centre commun de recherche de l’UE (JRC) et du ministère américain de l’Agriculture aboutissent à des prévisions très similaires.

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